Enquête : le marché parallèle d’AliExpress : 1ère partie, contrefaçons et liens cachés

La face cachée d'Aliexpress - couverture

En France, les sites de ventes chinois traînent derrière eux une mauvaise image. Réputés comme n’étant pas dignes de confiance, car proposant des produits douteux et des contrefaçons nombreuses, les sites comme AliExpress ont la vie dure. Mais qu’en est-il vraiment? Les sites d’e-commerce chinois sont-ils vraiment douteux? Face à ses nombreuses questions qui émergeaient, j’ai décidé de me renseigner.

Et je suis tombé sur un véritable monde parallèle ouvert à tous, à quelques conditions…

Pour ne pas encourager le marché des contrefaçons, le nom des sites et articles ont été floutés ou modifiés. J’ai notamment choisi le nom “Liens Cachés” comme nom de substitution.

Les 2 formes de pratiques douteuses

Avant tout chose, je tiens à dire que je ne prétends avoir fait le tour d’AliExpress. Il y a donc des pratiques douteuses que je ne connais pas ou que je ne juge pas utiles de développer dans cet article. En effet, nombreux sont les youtubers qui ont déjà parlé des contrefaçons “classiques” sur Aliexpress ou Wish. Pour ma part, je vais vous parler d’un phénomène, qui à ma connaissance n’a jamais été évoqué.

Il existe d’après mes recherches deux types de pratiques douteuses qui m’étaient jusqu’alors inconnues.

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Cette première partie sera consacrée à la pratique des “liens cachés”. La deuxième pratique que nous avons découverte sera traitée dans un deuxième article.

Cette première se nomme donc la pratique des “liens cachés”. Pour faire simple, certains sites répertorient sous forme de liste des articles en vente sur AliExpress. Ces articles ont pour particularité de ne pas correspondre à leur description. D’ailleurs, le site en explique les règles pour bien fonctionnner.

Image issue du principal site de liens cachés français

Vous l’aurez donc compris, des produits sont mis en vente sur AliExpress. Souvent très chers, ils n’attirent pas le client lambda, c’est le principe. En voici un exemple.

Exemple de produit utilisant le principe du lien caché

Et avec un code particulier remis au vendeur en commentaire de commande, ce dernier vous enverra le produit contrefait à la place du produit vendu normalement. C’est donc aussi simple que ça. Encore faut-il trouver les liens, et pour cela, des sites spécialisés existent.

Le site français de liens cachés le plus populaire

Les types de produits vendus

Les produits contrefaits doivent être relativement simples à reproduire, et dégager un bénéfice malgré tout. On y retrouve donc ces types de produits. Ce sont donc des produits revendus non-pas pour leur qualité mais pour l’image qu’ils dégagent, le symbole qu’ils portent.

  • Electronique
  • Vêtements (pulls, t-shirts, chaussures) de marque.
  • Bijoux
  • Montre
  • Mode (sacs, vêtements, accessoires)
  • Beauté

Quelques marques contrefaites

Adidas
Jordan
Alexander MCQueen
Apple
Armani
Audemars Piguet
Balenciaga
Bose
Burberry
Calvin Klein
Canada Goose
Champion
Chanel
Converse
Dior
Dolce & Gabanna
Dsquared
Emporio Armani
Fendi
Fila
Franck Muller
Fred Perry
Givenchy
Gucci
Guess
Helly Hansen
Hugo Boss
JBL
Kenzo
Lacoste
Levi’s
Longines

Louis Vuitton
Michael Kors
Moncler
Montblanc
Moschino
New Balance
Nike
Off-White
Pandora
Philipp Plein
Philippe Patek
Prada
Puma
Ralph Lauren
Ray-Ban
Richard Mille
Rolex
Salomon
Stone Island
Supreme
Swarovski
The North Face
Timberland
Tomford
Tommy Hilfiger
UGG 
Under Armour
Vacheron Constantin
Valentino
Vans 
Versace
VLTN

Qui se cache derrière ce site ?

Face à un tel marché parallèle, il y a de quoi se poser des questions. Et l’une des questions qui m’est venue à l’esprit, c’est de savoir qui se cache derrière ce site qui répertorie des produits contrefaits.

Pour commencer, je me suis penché côté serveur du site. J’ai notamment cherché qui était le propriétaire du site, en allant vérifier directement du côté du WHOIS (définition par www.definitions-marketing.com : littéralement “qui est ce”, est un service d’accès à une base de données de contacts relative à une extension de noms de domaines ou TLD). Mais problème, le propriétaire du site a anonymisé son identité, en passant par une société intermédiaire, TLD Registrar Solutions comme le montre cette capture d’écran.

Informations concernant le site en question, fournies par le WHOIS

Soyons clair, le propriétaire préfère se faire discret. Il l’est d’ailleurs également dans la F.A.Q. de son site, quant aux mentions légales, elles n’existent tout simplement pas. Mais revenons-en à cette F.A.Q. .

(nom du site modifié)

On apprend donc qu’il “est du métier”, et que la supercherie existerait vraisemblablement depuis un certain nombre d’années. Il serait également sinophile, et plus précisément intéressé depuis longtemps par les opportunités économiques du pays et de son vaste réseau de contrefaçons (contre lequel la Chine lutte). Après des recherches plus poussées, je suis tombé sur certaines de ses anciennes vidéos, et il s’avère que c’est un homme, un Français véritablement passionné de contrefaçon (et de l’Empire du Milieu) qui alimente le-dit site.

J’ai préféré ne pas pousser mes recherches sur le propriétaire en particulier, car en effet, le phénomène n’est pas rare. Je suis tombé sur d’autres sites et chaines Youtube qui proposent elles aussi des liens cachés en grande quantité.

Par ailleurs, durant mes recherches, le site que j’avais trouvé a fermé, mais a réouvert sous un autre nom et un look quasi similaire.

Autres sites, autres combines

A la différence des autres sites, je suis tombé sur un site qui répertorie les “noms de code” des marques. Par exemple, Adidas a pour nom de code ” Adey / Adi / Addas / Adids / Shampooers / Casual “. Par conséquent, si vous trouvez le terme “Adey, Adi, Addas, Adids, Shampooers ou Casual” dans la description d’une paire de chaussure par exemple, c’est que le produit livré sera probablement une contrefaçon.

Pour vendre sans être attrapé, un processus bien rodé

Pour ne pas livrer des contrefaçons par erreur à des inconnus, ces “entreprises” ont deux solutions.

Tout d’abord, ils proposent des produits qui semblent de piètre qualité à un prix très élevé. De quoi dissuader l’acheteur lambda qui se serait perdu sur le site.

Ensuite, il faut laisser un message personnel au vendeur. Evidemment, c’est un code, un “mot de passe” qui envoie le signale que vous êtes un acheteur aguerri, et que vous savez que vous venez pour acheter une contrefaçon.

La livraison n’est pas garantie pour autant, d’autant plus que l’acheteur ne pourra pas de plaindre qu’il n’a pas reçu sa contrefaçon. Le pari est risqué mais peut rapporter gros, surtout si l’achat est destiné à la revente en d’importantes quantités.

Ce que dit la loi

Qu’entend-on par “contrefaçon” ?

D’après economie.gouv.fr, cela consiste à reproduire ou de façon générale à utiliser une marque, un brevet, un dessin, un modèle ou une œuvre, sans l’autorisation du titulaire des droits, conduit à affecter l’image de la marque.

Le site de l’Etat rappelle d’une part les dangers pour la santé qu’encourent les acheteurs. Par exemple, des lunettes de soleil de luxe contrefaites qui ne protègent pas réellement des UV.

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Il rappelle d’autre part les risques encourus par les acheteurs qui se livrent à cette pratique.

Ce que la loi française dit de l’achat/vente de contrefaçon

Ainsi, “la détention de produits de contrefaçon expose le détenteur à se voir confisquer ces produits par les services douaniers et se voir infliger une amende (comprise entre une et deux fois la valeur de l’objet de la fraude)“. Le juge peut notamment s’appuyer sur ces textes de loi.

La France lutte activement contre la contrefaçon. En effet, de nombreuses marques de luxe françaises déplore la perte importante de gains dus à la vente de contrefaçon. On peut citer par exemple le groupe LVMH qui est parmi ceux touchés par le phénomène. De façon plus générale, les marques de luxe luttent, et notamment sur le terrain en engageant dès que possible des procès aux revendeurs.

Côté chinois, une législation très souple

Face au mécontentement de ses partenaires économiques, la Chine a décidé de passer à l’action. Désormais, les amendes peuvent aller jusqu’à 260 000 euros pour la vente de contrefaçons. Mais c’est sans compter sur les messageries privées qui, à la différence des plateformes de vente en ligne, ne sont pas (aussi) surveillées. Ainsi, les vendeurs chinois multiplient les transactions privées qui ne sont pas couvertes par la loi de la même façon.

Alibaba, le bon élève

Suite aux nombreuses critiques de partenaires commerciaux de la Chine, les entreprises ont elles-aussi réagit. Ainsi, depuis 2019, Alibaba a renforcé la lutte contre les contrefaçons. Les utilisateurs peuvent désormais signaler les produits qui paraitraient enfreindre la loi. Cela explique pourquoi les liens cachés ont une faible espérance de vie. Si toutefois Alibaba ne va pas traquer les vendeurs de contrefaçons, c’est évidemment parce qu’ils y trouvent leur compte. En effet, la vente sur leur plateforme leur rapporte quel que soit le produit, et ces derniers perdent avec la lutte contre la contrefaçon des acheteurs.

Alibaba et Aliexpress faisant tous les deux parties de la même société, Alibaba, les mêmes politiques semblent être menées. En effet, nous avons constaté les efforts fournis par les plateformes. Régulièrement, les pages ont été supprimées durant nos recherches.

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